Manifeste pour une réappropriation étudiante de l’espace à l’Université d’Ottawa
September 11, 2009
Trente ans après que l’Université s’est accaparé le contrôle du Centre universitaire (CU) de manière unilatérale et illégitime, nous déclarons qu’il est grand temps que les étudiant.e.s reprennent leur dû.
L’Université d’Ottawa dit vouloir accorder une grande importance à la « qualité du milieu d’apprentissage »[1] et à l’« amélioration de l’expérience étudiante »[2] tout en plaçant la « population étudiante au cœur de sa mission éducative »[3]. Toutefois, la gestion déficiente des espaces en général et du CU en particulier contredisent de manière flagrante ces principes.
Parce que l’Université mise sur la marchandisation de ses services, parce qu’elle a cédé à la superficialité de la compétition interuniversitaire, et que conséquemment elle néglige ses obligations de desservir les étudiant.e.s de ses campus au meilleur de sa capacité, nous sentons le besoin de dénoncer l’état des choses.
Il est inacceptable que l’Université recrute massivement des étudiant.e.s des cycles supérieurs sans pouvoir leur assurer un espace de travail adéquat ; qu’elle contraigne des organisations financées par les étudiants à payer un loyer ou à occuper des espaces insalubres ; qu’elle priorise des entreprises privées au détriment des commerces étudiants ; qu’elle permette la diffusion de publicités sexistes, unilingues, ou promouvant la violence; qu’un Café Second Cup ait été introduit à la bibliothèque, violant ainsi le caractère sacré de cette institution, etc.
Nous croyons que la gestion illégitime et inéquitable du CU est symptomatique de cette tendance. Nous prenons aujourd’hui l’engagement de travailler sans relâche jusqu’à ce la situation soit rectifiée. Voici les aspects les plus problématiques de la gestion du CU et de ses extensions :
- En 2001, la nature du fonds Jock Turcot (créé à même les cotisations étudiantes) a été délibérément détournée par l’Université. Une partie de l’argent qui devait servir au maintien du CU a été utilisé pour subventionner une programmation culturelle et sociale gérée par le Service de vie communautaire. Entre 2001 et 2006 plus de deux millions de dollars[4], pris à même les droits de scolarité des étudiant.e.s, ont été versé à cette programmation superflue. Tout l’argent que le Service de vie communautaire n’a pas pu dépenser est conservé dans un fonds géré par l’Université.
- Par le passé, les étudiant.e.s financent à raison de 60% le CU. Pourtant, les syndicats étudiants (FÉUO et GSAÉD) ont établi que le pourcentage d’espace alloué aux étudiants dans le CU était de 18%. L’Université a par ailleurs reconnu qu’elle occupait 82% de l’espace[5].
- Les étudiant.e.s sont lié.e.s par des accords commerciaux qu’ils n’ont pas approuvés. Tous les sondages effectués par l’Université indiquent qu’une large majorité d’étudiant.e.s préfèrent les cafés étudiants aux commerces gérés par Chartwells. L’Université a néanmoins renouvelé sans consulter les étudiant.e.s le contrat de cette entreprise privée, contrat qui lui accorde un monopole au CU[6].
- Lorsque des organisations étudiantes demandent que leurs locaux soient rénovés pour des raisons de sécurité au travail ou de réaménagement de l’espace, de lourdes négociations auprès du Service de la vie communautaire doivent être entreprises, alors que les espaces de travail de ce service sont fréquemment rénovés.
- De lourds frais administratifs sont imposés aux étudiant.es. pour la location de matériel nécessaire à la tenue des activités qu’ils organisent, ce qui nuit sans aucun doute à la qualité de l’« expérience universitaire ».
- Des services financés directement par les cotisations étudiantes tels la radio CHUO et le Café Nostalgica sont contraints de payer un loyer, alors que leurs propriétaires – les étudiant.e.s – financent largement le CU via le fonds Jock Turcot.
- Une librairie issue d’une initiative étudiante qui vend les livres à moindre coût ne peut s’installer au CU parce que l’Université lui préfère une entreprise américaine qui était déficitaire en 2008[7].
- Des boutiques de toutes sortes occupent des espaces clés du CU alors que des institutions étudiantes majeures telles que La Rotonde, le Fulcrum, la LIEU, GRIPO, et bien d’autres doivent se contenter de bâtiments délabrés, non-accessibles pour les personnes à mobilité réduite ou excentrés.
Nous refusons de cautionner ces aberrations par notre silence. Nous exigeons :
1. Que toutes les cotisations étudiantes que le Service de vie communautaire n’a pas dépensées soient rendues dans leur intégralité aux deux syndicats étudiants (GSAÉD et FÉUO).
2. Que soient délogées immédiatement du CU toutes les entreprises privées ainsi que l’ensemble des bureaux administratifs de l’Université d’Ottawa.
3. Que soient admises dans le CU, sans paiement de loyer, toutes les organisations étudiantes qui sont gérées et financées directement les étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa .
4. Que le CU soit géré démocratiquement par la communauté étudiante.
Collègues étudiant.e.s, plus rien ne peut justifier notre inaction. Ensemble, nous pouvons nous réapproprier l’espace étudiant et façonner le campus selon nos aspirations. Nous avons trente ans de retard, mais il ne tient qu’à nous de rectifier la situation.
Pour le Comité de la campagne RESPECT – SPACES,
Céline Basto
Gaétan-Philippe Beaulière
Caroline Bouchard
François-Olivier Dorais
Sonia Noreau-Pérodeau
Les organisations suivantes ont également endossé ce manifeste :
Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa (FÉUO)
Groupe de recherche d’intérêt pulic de l’Ontario (GRIPO)
Le journal indépendant La Rotonde
Le Délibérant, revue de sciences politiques de l’Université d’Ottawa
Centre de recours étudiant (CRÉSAC)
Les étudiant.e.s suivant.e.s ont également endossé ce manifeste :
Mathieu Langlois, étudiant en études de l’environnement
Faris Lehn, étudiant en science politique
Guy Hughes, étudiant en sciences poltiques
Houda Souissi, étudiante en droit civil
Robert Prazeres, étudiant en linguistique et membre du c.a. de la FÉUO
Serge Miville, étudiant à la maîtrise en histoire
Jason Benovoy, étudiant en droit civil
Karine Hébert, étudiante en droit civil et en développement international
Mireille Gervais, étudiante à la maîtrise en droit
Sam Ponting, étudiante en développement international et mondialisation
Janie Guénette, candidate à la maîtrise en science politique
Mathieu Gohier, étudiant en sciences politiques et en histoire
Marie-Pier Delisle, étudiante en études des conflits
Éric Malette, étudiant au doctorat en sociologie
Zachary Fouchard, candidat à la maîtrise en éthique publique
Róisín Beck, candidat à la maîtrise en science politique
Taiva Tegler, étudiante en développement international et mondialisation
Étienne Brown, candidat à la maîtrise en philosophie
Dominik Marchand, candidat à la maîtrise en science politique
Robyn Arsenault, candidat à la maîtrise en science politique
Désirée Lamoureux, candidate à la maîtrise en Lettres françaises
Parastoo Jamshidi, candidate au doctorat en psychologie clinique
Sarah Jayne King, étudiante en développement international et mondialisation et membre du c.a. de la FÉUO
Catherine Séguin, diplômée de l’Université d’Ottawa (2009)
Blaise Guillotte, candidat au doctorat en science politique
Éric Martin, candidat au doctorat en science politique
Mai Elramly, étudiante en sciences de la santé
Désirée Lamoureux, candidate à la maîtrise département de français
Georgeanne Blue, étudiante en études des femmes
Melanie Capper, étudiante en communication
Émilie Jabourin, étudiante en études internationales
Dean Haldenby, diplômé de l’Université d’Ottawa (2007) ancien président de la FÉUO (2008-2009)
Danika Brisson, étudiante en histoire et membre du c.a. de la FÉUO
Martin Schoots-McAlpine, étudiant en histoire
Caroline Morneau, étudiante en Lettres françaises et en English
Sameena Topan, étudiante en études des conflits
Julie Séguin, étudiante en communications et arts visuels et vice-présidente aux communications de la FÉUO
Ariane Marcotte, étudiante en criminologie et études des femmes
Joseph Hickey, candidat à la maîtrise en physique
Marc-André Léveillé, étudiant en science politique et en communication
Jordi Pourcher, étudiant de deuxième cycle en science politique
Martin Schoots-McAlpine, étudiant en histoire
Renaud-Philippe Garner, étudiant en éthique et société (philosophie)
Julia McDonald, étudiante en développement international et mondialisation
Iain Brannigan, étudiant en développement international et mondialisation et responsable de l’activisme pour l’AÉÉPID
Joel Duff, ancien de l’Université d’Ottawa et ancien président de la GSAÉD
Anaïs Elboujdaïni, étudiante en science politique et en philosophie
Liam Kennedy-Slaney, étudiant en biologie
Olivier Desharnais-Roy, étudiant à la maîtrise en science politique
Michèle Lamarche, étudiante en études médievales et v.-p. aux affaires étudiantes de la FÉUO
Kyle Simunovic, étudiant en science politique, Sénateur pour la Faculté des sciences sociales, membre du c.a. de la FÉUO et v.-p. externe de l’AÉÉPID
Federico Carvajal, ancien de l’Université d’Ottawa et ancien v.-p. services et commissaire à l’externe de la GSAÉD
Parissa Bayat, étudiante en science politique
Amy Kishek, étudiante en administration publique et science politique
Si vous désirez signer le manifeste, veuillez envoyer un courriel à respect.spaces.uottawa@gmail.com
[1] Bilan de Vision 2010, mars 2009, P. 4
[2] Ibid. P. 17
[3] Ibid. p. 3
[4] Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa, Comité des espaces étudiants, rapport du comité as-hoc, octobre 2008, p. 8
[5] Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa, Comité des espaces étudiants, rapport du comité as-hoc, octobre 2008, p.11
[6] La Rotonde, 25 mars 2008, p. 4
[7] La Rotonde, 31 mars 2008, p. 8